REVUE DE PRESSE

Francis Kalifat, Président du Conseil représentatif des institutions juives de France

Extrait du discours du Dîner du CRIF du 22 février 2017

En 2017, si les menaces ont diminué, les violences antisémites ont augmenté. Le communiqué du Ministère de l’Intérieur sur le bilan 2017 des actes racistes, antisémites et antimusulmans précise que “les actions à caractère antisémite augmentent de manière préoccupante en 2017”. Bien qu’on doive se féliciter de la baisse globale des actes et menaces antisémites depuis deux ans, il faut bien constater que sur la totalité des actes haineux en France, 33% sont des actes antisémites.
Ces chiffres où la hausse de la violence se cache derrière une baisse du nombre total des actes antisémites sont préoccupants. Ils expriment en effet une haine antisémite prégnante dans la société française, contre laquelle il faut lutter au plus haut niveau.
Les événements de l’année 2017 ont été particulièrement préoccupants :
Le 4 avril 2017 au matin on découvrait le corps sans vie de Sarah Halimi dans la cour intérieure de l’immeuble qu’elle habite au 26 rue Vaucouleurs dans le onzième arrondissement. Torturée au rythme de sourates du Coran, elle a été défenestrée vivante, depuis le balcon de son appartement. Il aura fallu attendre près de 11 mois pour que la juge d’instruction décide, ENFIN, de retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme dans ce crime odieux.
Nous avons vécu un épisode nauséabond avec le projet de Gallimard de publier trois textes antisémites de Céline comme des « Ecrits polémiques », comme si la diffusion de textes haineux, cause de tant de morts, était juste un sujet de polémique.
C’est à force de relativiser et de tout mettre sur le même plan que la société française s’est divisée en janvier dernier, au moment de commémorer l’attentat contre Charlie Hebdo. C’est dans ce mauvais climat que l’antisémitisme prospère dans notre pays. Plusieurs analyses lui ont été consacrées. Elles dessinent, toutes, un étau où nous, Français juifs, sommes à l’intérieur de cet étau qui nous écrase et qui nous fait mal. Nous sommes pris entre l’antisémitisme traditionnel surreprésenté à l’extrême- droite et l’antisémitisme antisioniste surreprésenté à l’extrême-gauche, quand nous sommes coincés entre l’antisémitisme musulman très présent chez les 15 à 25 ans et le statut de cible privilégiée pour les terroristes islamistes.
Dans la France du 21ème siècle, l’antisémitisme a tué 12 personnes, hommes, femmes et enfants, en 2003, 2006, 2012, 2015, 2017 et enfin en avril 2018.
Dans cette France dont on nous dit aujourd’hui qu’elle va mieux, l’antisémitisme est toujours la cause de violences. Au-delà des assassinats, certaines violences frappent les esprits :
Ainsi, à Livry-Gargan, en septembre 2017, la famille Pinto est séquestrée et molestée parce qu’elle est juive et qu’elle a donc forcément de l’argent.
Ou encore, à Sarcelles, en janvier 2018, une jeune fille de 15 ans portant l’uniforme d’une école juive est agressée, et en février, un jeune garçon de 8 ans portant la kippa est attaqué par deux jeunes d’une quinzaine d’années, et la semaine dernière encore un jeune garçon de 14 ans frappé et insulté en sortant de la synagogue à Montmagny.
Ces violences sont la partie immergée de l’antisémitisme du quotidien. Il faut évoquer la vie et le désarroi de ceux qui le subissent. Ils portent plainte parfois, pas toujours parce que ces menaces sont quotidiennes ou parce qu’ils ont perdu tout espoir. Ils habitent certains quartiers de Stains, La Courneuve, Romainville, Aulnay, Bondy, Saint Denis, Créteil, mais aussi Paris, Marseille, Villeurbanne, Bron ou Lyon. Certains reçoivent des menaces et des balles de kalachnikov dans leurs boites aux lettres. D’autres trouvent des tags menaçants sur leurs voitures, sur les murs de leurs maisons ou de leurs magasins ou sur les murs de leur synagogue. Des regards pleins d’hostilité les agressent dans les cages d’escalier. On arrache leurs mezouzot, ces boitiers accrochés aux frontons des portes et renfermant des versets de la Thora.
Dans la France de 2018, pas si loin d’ici, des Français juifs vivent aux aguets, la peur au ventre pour eux et pour leurs enfants. C’est inacceptable !
Contre l’antisémitisme du quotidien, nous demandons une politique de tolérance zéro avec des sanctions exemplaires et dissuasives.
Aussi, pour compléter le travail de la cellule digitale du CRIF j’ai décidé d’installer un Observatoire de la haine sur le Net. Ses travaux viendront compléter le rapport annuel sur les actes et violences antisémites, établi par le Ministère de l’Intérieur sur la base des plaintes déposées en commissariats. Lorsque notre outil aura fait ses preuves, nous pourrons l’élargir au racisme, à la xénophobie, à l’homophobie, à la haine des musulmans et, aussi, à la haine de la France.
La haine antisémite a une étrange capacité à se réinventer sous de multiples formes. Nous avons besoin, pour la combattre, d’une définition incluant toutes ses formes actuelles, y compris l’antisionisme et le négationnisme. Le parlement européen a voté cette définition, adoptée par 31 pays, dont la France, mais qui ne fait toujours pas partie de l’arsenal juridique de notre pays.
La lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous !

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